05.03.2011
171. - Alexandre Blok
L'Inconnue
Le soir, un vent fiévreux et lourd oppresse
Parmi la rue où sont les restaurants,
Alors que juin à des clameurs d’ivresse
Mêle son âme aux souffles altérants.
À peine si quelques voix d’enfants crient.
À peine si l’on voit se détacher
Loin, sur l’ennui morne des closeries,
L’enseigne au croissant d’or d’un boulanger.
Et chaque soir par delà les barrières,
Entre les verts talus de gazon ras,
Les fins roués aux expertes manières
S’en vont, chacun une fille à son bras.
Parmi l’étang le jeu des rames sonne,
Parfois un cri de femme retentit –
Et dans le ciel, qui de rien ne s’étonne,
La lune au croissant blême s’arrondit.
Ainsi le soir, tout au fond de mon verre
Tel un ami fidèle me sourit ;
Et je le vois dans la liqueur amère
Se fondre avec mon visage attendri.
Quelques servants, près des tables voisines,
Errent d’un pas somnambulique et las ;
Des hommes saouls aux prunelles sanguines
Clament en chœur : in vino veritas.
Et chaque soir je revois m’apparaître,
— Ou bien d’un songe seul suis-je leurré ? —
Un corps de femme, au vague des fenêtres,
Svelte, et de soie et de velours paré.
Spectre frôlant les tables par rangées,
Que toujours seule ainsi l’on aperçoit,
Et de parfums et de brouillards chargée
Auprès d’une fenêtre elle s’assoit.
L’on sent peser un monde de ténèbres
Parmi sa robe aux frôlis lents et doux ;
Son grand chapeau s’orne en plumes funèbres,
Ses frêles mains sont lourdes de bijoux.
Telle elle semble à mon âme hantée.
Sous sa voilette, alors plongeant mes yeux,
Je vois s’ouvrir une rive enchantée,
À des lointains purs et mystérieux.
Les sens brûlés d’incorruptible flamme,
Des plus obscurs secrets je suis témoin ;
Tous les replis ténébreux de mon âme
Sont transpercés par l’âpre éclair du vin.
Je crois alors sentir dans ma cervelle
Les grands, les noirs plumages osciller ;
Je vois ses yeux dont bleuit la prunelle
Comme des lis, à l’horizon, briller...
Ainsi je porte un trésor, dont sans cesse
La clé magique obéit sous ma main...
Tu disais vrai, monstre à face d’ivresse :
La Vérité pour moi gît dans le vin.
Alexandre Blok (1880-1921), L'Inconnue, traduit du russe par Jean Chuzeville (1906).
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04.03.2011
170. - Raphaël
12:00 Écrit par Marc dans 16e siècle, Peinture, Raphaël | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : raphael, peinture, xvie siecle, vierge a l'enfant |
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03.03.2011
169. - Victor Hugo
12:00 Écrit par Marc dans 19e siècle, Hugo, Victor, Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : victor hugo, paysage ardennais, peinture, xixeme siecle |
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02.03.2011
168. - William Turner
12:00 Écrit par Marc dans 19e siècle, Peinture, Turner, William | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : william turner, peinture, l'incendie de la chambre des lords et des communes, le 16 octobre 1834, xixe siecle |
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01.03.2011
167. - Caspar David Friedrich
12:00 Écrit par Marc dans 19e siècle, Friedrich, Caspar David, Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : caspar david friedrich, la mer de glaces, peitnure, xixe siecle |
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28.02.2011
166. - Cecco Bravo
12:00 Écrit par Marc dans 18e siècle, Bravo, Cecco, Peinture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : cecco bravo, peinture, hagar, hajar, hagar et l'ange, xviiie siecle |
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26.02.2011
165. - Charles Baudelaire
L'étranger
— Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
— Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
— Tes amis ?
— Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
— Ta patrie ?
— J’ignore sous quelle latitude elle est située.
— La beauté ?
— Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
— L’or ?
— Je le hais comme vous haïssez Dieu.
— Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
— J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages !
Charles Baudelaire (1821-1867), Petits poèmes en prose (1869).
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| Tags : charles baudelaire, poesie, petits poemes en prose, xixe siecle, l etranger |
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